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Arguments en mouvement : Politique et investissement en transport en commun, un mélange à éviter

Jeff Mackey, Public Policy Coordinator

'Arguments en mouvement' est une nouvelle série qui examine des arguments communs pour et contre l’investissement dans le transport en commun et qui explore ce qu’ils disent de la relation du Canada avec l’industrie de la mobilité urbaine.

Le transport en commun est l’enjeu politique de l’heure en 2018, ce qui signifie que les Canadiens doivent s’attendre à ce que tous les ordres de gouvernement et les politiciens de tout genre prennent des engagements en faveur du transport en commun, mais un tel soutien politique s’accompagne d’une politisation des enjeux. Comme les projets d’infrastructure du transport collectif comprennent des investissements majeurs, on peut s’attendre à ce que le public y accorde de l’attention et à ce que les politiciens les surveillent. Néanmoins, dans le débat sur le moment, l’endroit et la façon de mener un nouveau projet de transport en commun, nous ne devons pas permettre que l’analyse objective et professionnelle soit éclipsée par des fanfaronnades politiques.

 

Cette tendance s’exprime partout au Canada, mais elle est peut-être à son plus évident dans les discussions sur les TLR et les métros en Ontario.

Tous les principaux partis politiques étaient favorables au transport en commun à l’élection fédérale canadienne de 2015. Nous avons ainsi été en mesure de comparer et de mettre en contraste les différentes plateformes de transport en commun des partis, ce qui a rendu un excellent service aux Canadiens et a sans aucun doute influé sur les résultats dans certaines circonscriptions. 

Auparavant, le gouvernement fédéral et la plupart des gouvernements provinciaux ne finançaient pas tellement le transport en commun et ne considéraient pas comme leur responsabilité d’investir dans ce qui était alors généralement perçu comme des projets strictement municipaux. Au bout du compte, cela a entraîné un sous-financement affligeant des réseaux de transport, qui n’ont pas pu s’étendre au rythme nécessaire. Nous nous retrouvons aujourd’hui avec des collectivités mal desservies par le transport en commun et d’autres dont la limite de capacité de leur réseau est atteinte ou même dépassée.

Maintenant que le gouvernement fédéral et les provinces se sont engagés à investir à long terme dans le transport en commun, d’autres ordres de gouvernement ont également leurs intérêts à défendre dans ces projets de transport en commun et souhaitent à juste titre exercer un contrôle sur l’orientation et la portée des projets. Cette situation est plus problématique qu’elle ne le semble.

Personne ne connaît mieux les besoins de mobilité d’une ville que les responsables de son réseau de transport et son gouvernement local. Au quotidien, les réseaux de transport déplacent des millions de personnes partout au Canada, les parcours sont régulièrement modifiés pour répondre aux besoins changeants et, si quelque chose ne fonctionne pas bien, le réseau de transport, de même que la municipalité et les conseillers locaux, se le font dire directement par les personnes touchées. Il en va de même si un projet de transport en commun proposé est malavisé, trop coûteux ou trop perturbateur — il existe un lien direct entre les citoyens touchés par le transport en commun et les gens qui planifient, construisent et exploitent le projet.

Par conséquent, les réseaux locaux de transport en commun sont très rigoureux en ce qui concerne les investissements dans le transport en commun. Ils élaborent de solides analyses de rentabilisation, procèdent à des évaluations environnementales approfondies et mènent de vastes consultations communautaires avant de décider d’aller de l’avant avec un projet de transport en commun. Ils s’appuient également sur les conseils objectifs et professionnels des planificateurs, des ingénieurs et des économistes du transport en commun. Même un projet de transport en commun impeccablement planifié ne fera pas le bonheur de tous, mais il produira certainement des avantages tangibles pour l’ensemble de la collectivité.

C’est pourquoi il est si préoccupant de voir d’autres ordres de gouvernement ou même des intervenants externes se mêler des processus de planification et d’approvisionnement du transport en commun des administrations locales. La remise en question de projets approuvés crée un fossé entre la collectivité et l’administration locale et entraîne souvent des coûts supplémentaires et des retards.

Pire encore, cette politisation des projets d’infrastructure peut devenir un outil très efficace entre les mains d’un politicien motivé qui cherche à miner le principe même de l’investissement dans le transport en commun. La prise de décisions fondées sur des données probantes doit être au cœur de tout projet d’infrastructure, et non des slogans politiques ou de la désinformation ciblée. Un projet de transport collectif doit être jugé en fonction de son analyse de rentabilisation, et non de son exposé de faits.

Ne laissez pas le transport en commun au Canada devenir une victime de sa propre popularité. La meilleure plateforme politique pour le transport en commun n’est pas celle qui avance les propositions de projet les plus extravagantes, mais celle qui accorde aux réseaux de transport et aux municipalités la latitude nécessaire pour planifier, acquérir, construire et exploiter ce qui répond à la vision du transport en commun qui attire le plus grand consensus communautaire, procurera les avantages sociaux et économiques les plus importants et contribuera à la réalisation des objectifs de planification à long terme de cette collectivité.

Le plan fédéral de 20,1 milliards de dollars sur dix ans pour l’investissement dans le transport en commun atteint cet équilibre en assurant une stabilité financière sur une longue période pour les administrations locales. Il circonscrit également le rôle du gouvernement fédéral dans la sélection ou la planification des projets. Ce programme constitue une excellente base pour la participation provinciale et municipale, ce qui confère à la prochaine décennie le potentiel de révolutionner la mobilité urbaine canadienne.

Mais cette vision d’un paysage urbain connecté et durable au Canada ne se réalisera que si nous laissons la planification aux professionnels du transport en commun et aux collectivités qu’ils desservent, en reléguant au vestiaire les interventions électoralistes.

 

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