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Transport actif : Un petit pas pour l’humanité, un bond de géant pour la mobilité intégrée

Ray Charabaty

Au fur et à mesure que la température commence à se réchauffer, le printemps est le moment idéal pour laisser entrer le soleil et l’air frais dans nos déplacements quotidiens. Le transport actif, qui comprend « toute forme de transport à propulsion humaine - comme la marche, l’utilisation du vélo, l’utilisation d’un fauteuil roulant ou même la planche à roulettes », est accessible à de nombreux Canadiens qui ne l’ont pas déjà intégré à leur mode de vie.

L’intégration du transport actif à vos déplacements quotidiens et à votre vie de tous les jours est un investissement significatif dans votre propre santé. À l’ACTU, nous croyons que le transport collectif est un moyen efficace nécessaire de déplacer les gens tout en réduisant l’impact néfaste des véhicules à occupant unique. Toutefois, le transport collectif ne se trouve pas dans une sphère isolée de véhicules de transport collectif éconergétiques, mais plutôt dans l’écosystème mutuellement avantageux de la mobilité urbaine intégrée. Le transport collectif et le transport actif vont de pair avec la mise en place de collectivités durables axées sur le déplacement efficace des gens, sans compromettre notre santé collective ainsi que la « santé » de l’environnement et de l’économie qui nous entourent. Une marche en matinée ou en soirée, jumelée à un trajet en autobus agréable, garde votre cœur sain et votre esprit calme, et vous permet de respirer trois fois moins de CO2 libéré dans l’air que si vous aviez conduit une voiture.

Le mois dernier, la ville de Toronto a publié le graphique suivant (disponible en anglais seulement), qui indique les voies cyclables actuellement utilisées par rapport aux voies potentiellement cyclables dans la région du grand Toronto et de Hamilton. Devant un tel potentiel de culture du vélo, le conseil municipal intègre le transport actif dans le cadre d’un plan à long terme visant à réduire l’impact de la pollution de la ville.

   

En 2016, la ville de Toronto a approuvé le « Rapport 1 – Stratégies à court terme » de TransformTO, qui vise à réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre de Toronto d’ici 2050 – un objectif ambitieux partagé par d’autres villes internationales, dont Londres, Berlin et Washington D.C.

« À de nombreux égards, Toronto est déjà un chef de file dans le domaine des faibles émissions de carbone, grâce notamment à son utilisation des terrains et sa planification du transport collectif, ses normes de construction écologique et sa stratégie de gestion des déchets. Toutefois, même en tenant compte de ces éléments, nous serons tout de même incapables d’atteindre notre objectif de 2050 de 8,7 millions de tonnes d’émissions de GES, selon nos analyses. » - TransformTO

 

Bien que le transport collectif soit crucial dans la lutte vers une mobilité écologique et efficace, TransformTO propose d’unir le transport actif et le transport collectif pour atteindre l’objectif de la ville en 2050.

L’objectif à long terme de Toronto est de faire en sorte que « 100 % du transport utilise des sources d’énergie à faibles émissions de carbone et que la marche et le vélo représentent 75 % des déplacements de moins de 5 km d’ici 2050 ». - TransformTO

Toutefois, le fardeau de l’instauration de cette culture de transport à propulsion humaine comme complément au transport collectif traditionnel repose tant sur les planificateurs de la ville et les organismes gouvernementaux que sur les réseaux de transport collectif et les passagers qui utilisent le service tous les jours.

« Pour devenir une ville à faibles émissions de carbone, Toronto doit mobiliser ses quartiers. Des mesures cruciales comme la planification énergétique communautaire, la rénovation domiciliaire, l’augmentation du transport collectif et le soutien du passage au vélo et à la marche ne seront pas efficaces sans la contribution et le soutien de nos quartiers, car c’est là qu’est mis en œuvre le plan climatique de la ville. » - TransformTO

Dans la foulée de la mise en place prochaine de notre Centre d’excellence, ici à l’ACTU, notre équipe de recherche et des services techniques a récemment publié une boîte à outils pour la mise en œuvre de la mobilité : un examen exhaustif et une collection d’outils conçus spécialement pour aider les réseaux de transport collectif et les municipalités du Canada à mettre en place les assises de la mobilité urbaine intégrée dans leur collectivité.

« La transition de fournisseur de services de transport collectif à fournisseur de services de mobilité intégrée est un changement important pour l’industrie du transport collectif au Canada. Cela est particulièrement vrai, car chaque réseau de transport collectif doit d’abord éduquer ses usagers et promouvoir l’importance de ce changement, puis faire en sorte qu’il se produise. »  – Laurent Chevrot, président, Groupe de travail sur la mise en œuvre de la gestion de la mobilité

Bixi, à Montréal, une entreprise de vélopartage créée en 2009, est devenue le premier programme de vélopartage à grande échelle en Amérique du Nord. Lorsque la société mère de BIXI, Public Bike System Company, a présenté une demande de faillite en 2014 après avoir eu des difficultés de financement, la ville de Montréal a constaté la valeur de l’initiative et a acheté les actifs de la société, faisant de BIXI un système municipal de vélopartage comptant 6 250 véhicules dans les rues en 2017. Au cours de la dernière année, qui a été une année record, 4,8 millions de déplacements ont été effectués en tout et 258 000 bixis ont été loués.

Grâce à la promotion d’utilisation gratuite le dimanche et à l’ajout de 80 stations d’accueil en 2017, BIXI a aussi affiché une augmentation de 35 % de l’achalandage, selon cet article détaillé de la SRC. La partie la plus prometteuse de cette histoire est l’engagement de dix millions de dollars que la ville de Montréal a annoncé pour Bixi en 2016. Une certaine portion de ce montant a servi à « mettre à niveau les stations d’accueil pour accepter la carte OPUS de la STM ». Le projet pilote à jalons mis en œuvre par BIXI et la Société de transport de Montréal (STM) a été lancé en août 2017.

Et si on parlait de vélopartage sans stations? Il pourrait arriver que vous vous découragiez de louer un « véhicule » semblable à BIXI par crainte de ne pas trouver de station d’accueil à proximité de votre destination. Eh bien, Dropbike a fait son entrée en tant que système de vélopartage sans station à l’échelle du Canada. Frances Bula, du Globe and Mail, raconte, sous forme d’anecdote, la fin de semaine d’une certaine Carly Eldstrom à Victoria, qui avait utilisé un système de vélopartage appelé U-Bicycle.

« Contrairement à des centaines de milliers de personnes dans d'autres villes qui possèdent un système de vélopartage, Madame Eldstrom n'avait pas besoin de trouver son vélo sur une station particulière, à un carrefour particulier. Elle n'avait pas non plus à se préoccuper de trouver une station où elle pouvait laisser le vélo. Au lieu de cela, elle prenait des vélos qui avaient été laissés dans des supports publics près de ses arrêts et les laissaient là où bon lui semblait. C’est un système qu’elle apprécie. »

Grâce à U-Bicycle, en Colombie-Britannique, et à Dropbike, à Toronto, Kingston et Montréal, les Canadiens sont maintenant à une application près de pouvoir louer un vélo sans station à un tarif d’un dollar l’heure!

Bien qu’elles en soient encore à l’étape des balbutiements, des applications novatrices comme celles-ci comportent tout de même leur lot de frustrations. Comme de nombreux commentateurs de ce sujet, BlogTO, dans un article, argumente au sujet de l’accessibilité de ces nouveaux services. Un lecteur souligne la nécessité qu’une infrastructure cycliste et une culture d’utilisation du vélo soient en place pour que le vélopartage sans station puisse être efficace.

À Calgary, plusieurs entreprises de vélopartage ont eu l’intention de signer une entente avec la ville afin de lancer des services de vélopartage sans station dès cet été. Tom Thivener, de la ville de Calgary, a confirmé que toute entreprise potentielle de vélopartage qui souhaite louer ses vélos « devra signer une entente et respecter certaines règles. La ville limitera le nombre d’entreprises qui entrent sur le marché et le nombre de vélos partagés dans les rues de Calgary. »

Du point de vue de la planification municipale, les collectivités qui acceptent le transport actif fournissent des efforts éduqués pour créer des espaces cyclables et piétonniers et des trottoirs plus larges pour les aides aux personnes handicapées et les fauteuils roulants, et pour embellir visuellement les rues, afin de cultiver une culture de transport actif. Le milieu urbain extérieur ne doit pas se limiter aux voies hostiles réservées exclusivement aux véhicules. Nos rues sont des espaces publics qui méritent d’être respectés et appréciés par les citadins. Les rues de la ville doivent être des espaces verts invitants qui ne servent pas seulement à relier les bâtiments entre eux, mais qui offrent des expériences agréables (et des destinations temporaires

Pendant notre trajet vers le travail ou le retour à la maison après une longue journée, pourquoi devons-nous mettre notre vie en suspens pendant la durée du trajet ? Pourquoi nos rues et l’acte même de se déplacer ne deviennent-ils pas des expériences stimulantes qui nourrissent nos esprits et nous connectent avec le présent?

Votre lieu de travail encourage-t-il le transport actif ou offre-t-il des programmes incitatifs valorisant l’utilisation du vélo ou du transport collectif pour se rendre au travail? Votre établissement d’enseignement dispose-t-il d’une voie cyclable et d’un accès au transport collectif? Lorsque vous cherchez un logement, tenez-vous compte des voies cyclables et de l’accessibilité au transport collectif? Enfin, voici une présentation vidéo (disponible en anglais seulement) sur les Journées de sensibilisation au transport collectif de l’ACTU 2017 dans laquelle Anders Swanson, de Bikes Canada, parle de l’impact social de l’investissement du transport collectif dans le cyclisme.

Vous pouvez également voir Brent Toderian, urbaniste à TODERIAN UrbanWORKS et ancien planificateur en chef de Vancouver, qui parle de l'importance de bâtir des villes axées sur les gens. Brent a également été un des principaux conférenciers lors des Journées de sensibilisation au transport collectif de l’ACTU 2017. Habituellement tenues en automne, les Journées de sensibilisation au transport collectif de l’ACTU offrent aux intervenants de l’industrie du transport collectif une superbe occasion de participer, de s’informer des enjeux liés à la mobilité urbaine au Canada et de faire une différence, tant sur la Colline du Parlement qu’au sein de leur collectivité.

 

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