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Transport collectif et catastrophes naturelles

« Le changement climatique exacerbe les risques naturels auxquels nous sommes déjà confrontés aujourd’hui. »

– Katharine Hayhoe, scientifique du climat et directrice du Climate Science Center à Texas Tech University

 

Picture: Larry MacDougal/Canadian Press

En 2017 seulement, la saison des ouragans dans l’Atlantique a donné lieu à la formation de 15 tempêtes nommées, dix ouragans et six grands ouragans de catégorie 3 à 5, laissant derrière eux des milliers de personnes évacuées n’ayant plus de domicile où retourner. À l’autre extrémité du spectre climatique, les feux de friches ont dévasté les provinces de l’Ouest du Canada, ce qui a provoqué l’évacuation des 3 500 habitants de Pelican Narrows et des 3 700 habitants de Wasagamack et de deux autres collectivités voisines. In 2016, Fort McMurray a été aux prises avec un des plus importants feux de friches de l’histoire de l’Alberta. En 2013, Calgary a combattu une énorme inondation qui a isolé Canmore et Banff, et le débit de la rivière a accéléré de part et d’autre de High River, une ville de 13 000 habitants, plus rapidement que le débit des Chutes Niagara.

Les catastrophes naturelles, qu’on ne peut arrêter, nécessitent l’évacuation de tous les résidents se trouvant sur leur passage. Quel est alors le rôle du transport collectif lorsque vient le temps de déplacer des gens de leur domicile vers des espaces sécuritaires, loin du danger? Chris Jordan, de Calgary Transit, et Tony O’Doherty, de la municipalité régionale de Wood Buffalo, ont été en mesure de nous faire part des histoires héroïques des réseaux de transport collectif dans deux des catastrophes climatiques les plus coûteuses survenues à ce jour au Canada.

Lorsque la tragédie a frappé en juin 2013, Calgary et ses environs ont dû faire face à une inondation inattendue de la rivière Bow, qui a laissé des milliers de maisons bloquées et 34 000 emplacements sans électricité, en raison d’un débit saisonnier régulier de la rivière huit fois plus élevé que d’habitude. Étant donné qu’il n’y avait pas assez de voitures pour transporter chaque Calgarien dans un lieu sécuritaire, Calgary Transit est entré en scène pour contribuer à la reprise et pour maintenir le reste de l’activité économique dans la ville. En coordonnant ses activités avec le service des incendies, la police locale, l’administration routière et les responsables de la gestion des urgences qui contrôlaient l’accès à destination et à partir des zones touchées, Calgary Transit a changé son rôle de fournisseur de services de transport collectif pour adopter également le rôle crucial d’intervenant pour l’évacuation de la ville. Présent à plusieurs étapes du processus d’évacuation, Calgary Transit a travaillé à communiquer avec les personnes évacuées, ainsi qu’avec les clients se trouvant dans des zones non touchées. Plus de 20 ponts ont été fermés et plus de 50 circuits d’autobus ont été détournés ou annulés. Le réseau de transport collectif a créé des voies d’autobus spéciales dans le cadre de partenariats formés avec la municipalité afin de joindre un plus grand nombre de personnes dans les zones touchées, mais aussi de desservir les personnes qui n’étaient pas en danger, sans les faire passer dans des rues inondées. Étant donné qu’un grand nombre de ses propres employés étaient touchés par la tragédie et incapables de se présenter au travail, Calgary Transit a dû appliquer une gestion majeure de la continuité des opérations. De nombreux employés de bureau ont assumé des rôles de première ligne dans le but d’assurer un déploiement souple des travailleurs et la continuité du service. Le rôle de Calgary dans l’effort de secours a permis de gérer l’afflux de personnes évacuées, car il fallait déplacer les personnes se trouvant dans les logements de personnes âgées touchés et transporter des fournitures vers les installations d’attente et les refuges.

Même si ses serveurs ont été endommagés par l’inondation et qu’une section importante de son réseau de TLR du centre-ville a été mise hors service, Calgary Transit a tout de même été en mesure de maintenir son service quotidien dans les zones non touchées et de coordonner les efforts de secours grâce aux opérations et au contrôle de la circulation dans les parties inondées de la ville, en rétablissant le service dans les zones touchées par les inondations seulement dix jours plus tard. Les systèmes de voie, de signalisation et de puissance de traction du TLR endommagés par l’inondation ont été rétablis en quelques semaines, juste à temps pour accueillir le Stampede de Calgary.

Jen Malzer, employée de la ville de Calgary, indique plus en détail la situation en Alberta et le rôle important joué par Calgary Transit ici.

 

Trois ans plus tard, la feu de friches à Fort McMurray est devenu le deuxième plus important feu de friches à survenir en Alberta, représentant 9,5 milliards de dollars en coûts directs et indirects, touchant une superficie de 590 000 hectares et causant l’évacuation de 88 000 résidents, sans décès ni blessures. Le gestionnaire des Opérations du transport collectif Tony O’Doherty fait ici un compte rendu de l’évacuation et du rôle joué par les Services de transport collectif.

 

« La majorité des employés se sont portés volontaires pour rester à Fort McMurray et pour faciliter la réouverture de la ville », indique O’Doherty.

 

« Lorsque l’avis d’évacuation a été communiqué à la collectivité, les Services de transport collectif se sont précipités pour faciliter l’évacuation. Dans toute la collectivité, les Services de transport collectif cessaient leurs activités de façon aléatoire et prenaient les personnes présentes sur le trottoir ou bloquées sur le côté de la route pour les conduire vers des lieux sécuritaires.

 

L’évacuation de l’hôpital a également été entreprise par les Services de transport collectif. Les personnes qui étaient immobilisées ont été conduites à Firebag, à environ 90 minutes au nord de la ville, où les autobus ont été triés par une unité de triage qui attendait leur arrivée. Puisque la ville était fermée et que les fournitures commençaient à arriver de toutes les régions du pays, l'entreposage est devenu un problème. Les Services de transport collectif ont offert que les zones d’arrêt d’autobus servent de zones de livraison pour les aliments, l’eau, les fournitures médicales et les vêtements. L’installation de transport collectif fonctionnait 24 heures sur 24, sept jours sur sept et recevait et distribuait des produits aux premiers intervenants et aux autres membres de l’équipe qui a aidé à réouvrir la collectivité. »

 

Après le feu de friches de Fort McMurray, les Services de transport collectif ont reçu plusieurs prix soulignant leur service exceptionnel.

 

« Les Services hospitaliers de l’Alberta nous ont transmis une lettre de remerciement, de la part de leur président, pour souligner le service offert par le personnel du transport collectif. L’Association canadienne du transport urbain (ACTU) a reconnu le service exceptionnel offert à la collectivité par les Services de transport collectif. Ces prix sont accrochés à un mur, dans le salon des conducteurs. »

 

À Houston, au Texas, où les ouragans Harvey et Irma ont causé d’énormes destructions, le transport collectif a également joué un rôle important. « METRO a émergé parmi les héros de l’ouragan Harvey », écrit Laura Bliss, pour CityLab. « Après avoir interrompu le service juste avant que la tempête touche le sol le 25 août, l’agence a vaillamment positionné les véhicules sur un terrain élevé afin de les préparer à intervenir en cas d’urgence. Les exploitants ont transporté quelque 8 000 personnes évacuées des quartiers très inondés vers des abris situés autour du comté, selon Tom Lambert, p.-d.g. de METRO. Les exploitants du service de transport adapté ont pris des appels d’urgence pendant la tempête. Les chauffeurs d’autobus ont coordonné rapidement les interventions avec les pompiers et les agents de police pour secourir les conducteurs bloqués. »

 

Le transport collectif demeure la seule option de déplacement pour le transport de masse et pour ceux qui ne possèdent pas de voiture pendant les catastrophes naturelles, et peut-être leur seule chance de survie. Au Canada, les employés du transport collectif ont été essentiels, à maintes reprises, pour sauver d’innombrables vies, en raison de leur propre décision de prêter main forte aux personnes dans le besoin. Merci de votre service héroïque.

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