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Pour éviter que le transport collectif s’effondre, un soutien opérationnel continu est nécessaire

Dernièrement, on a beaucoup parlé de la place qu’occupe le transport collectif dans le plan de 100 milliards de dollars d’Ottawa, qui vise à faciliter le rétablissement de l’économie et à réduire les émissions polluantes. Bâtir le transport collectif est une excellente façon d’atteindre ces deux objectifs, et les réseaux de transport collectif accueillent favorablement le financement fédéral permanent à venir. Mais l’enthousiasme à l’égard des nouveaux projets et de meilleurs mécanismes de financement ne peut nous détourner de la priorité absolue du transport collectif, à savoir maintenir le service actuel en toute sécurité et de façon pratique.

Au printemps et au début de l’été, Ottawa et les provinces ont offert un soutien opérationnel inédit de 4,6 milliards de dollars aux réseaux de transport collectif dont les sources de revenus avaient été décimées par une baisse prononcée de l’achalandage. Avant la pandémie, le contenu de la boîte de perception permettait aux réseaux de couvrir un peu plus de la moitié de leurs coûts d’exploitation. Lorsque l’achalandage a soudainement chuté d’environ 85 %, les budgets ont été chamboulés. L’achalandage s’est quelque peu rétabli depuis, mais seulement à 42 % des niveaux d’avant l’arrivée de la COVID, ce qui signifie que d’importants manques de revenus sont toujours présents.

Aujourd’hui, les fonds de secours d’urgence accordés par les gouvernements contribuent à combler ces manques, et nous en sommes reconnaissants. Le transport collectif fonctionne à environ 87 % des niveaux d’avant la pandémie. Cela permet aux autobus et aux trains d’offrir la plus grande distanciation possible, tout en effectuant des passages le plus souvent possible pour servir les quelque 2,5 millions de Canadiens qui se déplacent dans ces véhicules chaque jour.

Mais ce financement se terminera bientôt. Et s’il n’est pas prolongé par le premier ministre et les premiers ministres provinciaux, il est facile d’envisager la suite.

Commençons par l’inégalité que créera une réduction importante du service de transport collectif. Le transport collectif est la seule option de mobilité pour de nombreux travailleurs ou étudiants qui habitent trop loin du lieu de travail ou de l’école pour marcher ou se déplacer en vélo, mais dont le revenu est trop faible pour utiliser une voiture. Ces personnes sont majoritairement des femmes et ont disproportionnellement la peau noire ou brune. Il est abusif de les obliger à devoir attendre pendant de longues périodes et à subir les foules dans les véhicules qui demeurent en service.

Elles ne seront pas seules. Pour plusieurs aînés et personnes handicapées, le transport collectif est essentiel à la vie quotidienne. Pourtant, sans soutien opérationnel continu, eux aussi attendront plus longtemps et feront davantage de déplacements dans des véhicules bondés. Au fur et à mesure que les vaccins sont administrés, les gouvernements reconnaissent que certains membres de notre société sont plus à risque que d’autres. La même chose s’applique à la mobilité urbaine, et pour des millions de gens, le transport collectif est littéralement une bouée de sauvetage.

Si on le laisse tomber, les usagers ne seront pas les seuls à souffrir. Nos villes deviendront plus congestionnées et les automobilistes deviendront plus frustrés. Nous l’avons vu au cours de l’été, alors que quatre personnes sur cinq qui avaient délaissé le transport collectif au profit d’autres modes de transport ont choisi la voiture privée. La plupart de ces gens ne marchaient pas et ne faisaient pas de vélo. Ils conduisaient. Et comme le service deviendra moins pratique et plus achalandé, toutes les personnes qui ont les moyens de conduire le feront probablement, ce qui donnera lieu à des pertes de revenus encore plus importantes et à d’autres réductions de service.

Cela se traduira par une hausse des émissions polluantes, ce qui est en contradiction directe avec l’urgence environnementale qui sous-tend la stratégie de rétablissement d’Ottawa. En outre, les répercussions se feront probablement sentir à long terme. Sans soutien continu, les budgets des municipalités et des réseaux de transport collectif seront tellement diminués que ceux-ci ne pourront tout simplement pas reprendre le service habituel lorsque la pandémie prendra fin. Les habitudes de déplacement auront également changé, rendant encore plus improbable un retour au transport collectif du jour au lendemain.

L’un des pays les plus urbanisés du monde ne peut pas permettre que cela se produise. Nous ne pouvons imposer des attentes sans fin et des véhicules bondés à des millions de personnes. Pour bien des gens, le transport collectif est la différence entre un emploi ou le chômage. Et tout comme la construction d’un nouveau transport collectif est importante pour l’environnement, pour nos villes et pour la reprise économique à venir, il est plus important de maintenir le service actuel en toute sécurité et de façon pratique, et le temps presse.

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